Le Masquage · de 1811 à 1865
Cette nuit-là
Voici l’histoire en l’honneur de laquelle la Mascarade donne sa fête. Nul besoin de la connaître pour profiter de la fin de semaine. Mais cela aide.
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Les masques sont aussi vieux que les visages. Et depuis tout ce temps, partout, chacun s’accordait à dire qu’un masque était un endroit où se cacher. Toute leur théorie tenait là.
C’est la mauvaise théorie. Un masque ne cache pas un visage. Il en pose un second par-dessus, et les deux se voient. La personne en dessous ne disparaît pas. Elle gagne un étage.
Un soir, sur ce rivage
Dans un bal où l’on se pressait, toute une salle le découvrit par hasard.
Les choses se mirent à arriver deux fois. Une remarque tombait à la fois comme une plaisanterie et comme un aveu, et la salle prenait les deux, et personne n’avait à choisir, et personne n’était pris. Ce n’était pas de la franchise. La franchise n’y était pour rien. Ils étaient plus d’une chose à la fois et s’en tiraient fort bien, et jamais aucun d’eux ne s’était senti aussi vivant dans une salle.
Une fille trop jeune pour se trouver là le remarqua avant tout le monde, et posa la question avec les seuls mots qu’elle avait, qui n’étaient pas tout à fait les bons.
Pourquoi que tout veut dire deux fois à soir?
La grammaire est fautive. Personne ne l’a jamais corrigée, car la bonne grammaire n’existait pas, et l’on peut soutenir qu’elle n’existe toujours pas.
Elle n’a pas inventé le masque. Elle a remarqué ce qu’un masque fait vraiment, et c’est la remarque qui est l’invention, car une chose remarquée peut ensuite se faire exprès.
Il n’a jamais été question de visages
Jusque-là, un mot ne pouvait dire que ce qu’il voulait déjà dire. Après cette nuit, un mot put vouloir dire plus qu’il ne disait. Sur ce rivage, espérer veut dire attendre, et veut dire espérer, d’un même souffle, et personne n’a jamais séparé les deux.
La métaphore. L’ironie. La fiction. Le théâtre. Toutes les plaisanteries jamais racontées. Un mot qui porte un second visage, les deux bien en vue, et celui qui écoute qui tient deux choses à la fois sans avoir à lâcher ni l’une ni l’autre.
C’est de là que vient l’émerveillement. L’émerveillement, c’est ce qui arrive quand une chose veut dire plus qu’elle n’est.
Elle ne figure sur aucune liste d’invités. Chaque récit de cette nuit-là la vêt autrement. Tous ne s’accordent que sur la question.
1865
L’âge prit fin en 1865, quand parut, bien loin de ce rivage, un livre de non-sens délibéré, et ce que le rivage savait en secret depuis cinquante ans cessa de n’appartenir qu’à lui.
Personne, sur ce rivage, ne vous dira le titre du livre. Retenez la date, et faites-en ce que vous voudrez.
Chaque mois de mai, nous redonnons cette soirée, et vous demandons qui vous êtes.
La seule mauvaise réponse, c’est votre vrai nom.
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